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Un résistant : Félix Guégan

L’homme dont vous allez lire la biographie ci-dessous était un des réfugiés nazairiens qui vivaient dans la basse Chapelle. Avec d’autres, comme Corentin le Contel qui logeait à Mareil ou Antonin Jean louis GUILLOT qui habitait à Blanche Couronne, ils avaient un point commun : la résistance. Membres des FTP (Francs-tireurs partisans), ils profitaient d’un certain isolement.


Leur histoire reste à écrire. Les archives de la commune ont été le point de départ d’une recherche qui nous a mené jusqu’au sommet de la hiérarchie du parti communiste. Nous avons rendu hommage, en 2015 à Félix Guégan, syndicaliste et résistant, mort en déportation.

GUEGAN Félix, Pierre, Marie

Félix GUÉGAN - Photo famille GUÉGAN Félix Guégan - Photo famille Guégan

Félix GUÉGAN - Photo BS 2 (1942) Archives PPP Félix Guégan - Photo BS 2 (1942) - Archives PPP

Né le 10 juillet 1899 à Saint-Nazaire (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique), quartier industriel de Penhoët, mort en déportation le 15 mai 1945 à Bergen-Belsen ; militant communiste ; ouvrier tuyauteur, chaudronnier ; syndicaliste du raffinage en Seine-Inférieure, Seine-Maritime, licencié du 30 novembre 1938 ; arrêté dans le cadre de l’affaire Cadras-Pican en février 1942, relâché ; résistant en Loire-Inférieure ; déporté en août 1944.

Son père Louis, manœuvre et sa mère Marie Louise Périon, ménagère, avaient quitté Limerzel (Morbihan) où la terre ne leur offrait plus d’avenir pour venir vivre à Saint-Nazaire, alors en pleine expansion, avec son port et ses chantiers navals.

A peine âgé de 18 ans il s’engagea, à deux reprises, comme soutier dans la marine marchande. Lorsqu’il débarqua le 25 février 1918, il fut rattrapé par l’armée qui l’incorpora à dix-huit ans et demi, le 18 avril 1918. En cette dernière année de guerre, l’armée française avait un fort besoin de soldats. Après une période de formation, il fut envoyé au Maroc de 1919 à 1921 pour finir son service militaire. A sa libération, Félix partit pour Lanvellec (Côtes-du-Nord), mais revint rapidement à Saint-Nazaire où il se maria à Montoir (Loire-Inférieure) avec Jeanne Durant le 7 octobre 1921.

A partir de cette date, sa vie professionnelle, liée à ses engagements politiques et syndicaux devint mouvementée. Son fils, Camille, dans des documents privés, parle de son adhésion à la CGT (Unitaire) et au Parti communiste ainsi que de sa participation à des grèves qui ont secoué Saint-Nazaire en 1923. Son militantisme syndical ne lui permettait plus de trouver de travail et il dut quitter la ville pour Blainville dans la périphérie de Caen (Calvados), puis Puteaux dans la région parisienne. C’est là que naquit son fils Camille le 26 novembre 1923.

En 1926, Félix revint à Saint-Nazaire mais il n’y resta que peu de temps et repartit pour Puteaux. Là il épousa le 12 novembre 1929, en un second mariage, Fernande Jonquet née en 1898 dans l’Eure.

Dans les années trente, il vint travailler en Seine-Inférieure, Seine-Maritime, au Havre puis à Lillebonne. Il fut embauché en 1933 à la toute nouvelle raffinerie SFAR (Standard Franco-Américaine de Raffinage) de Port-Jérôme à Notre-Dame-de-Gravenchon. A Lillebonne où il demeurera cinq années, il continua à militer syndicalement à la raffinerie de ND de Gravenchon et politiquement en devenant secrétaire de la section du Parti communiste de Lillebonne. En 1937 il fut délégué de Seine-Inférieure au IXe congrès du PCF à Arles. En octobre de la même année, il avait été candidat aux cantonales de Quillebeuf (Eure), dans en zone rurale voisine de Lillebonne, sans aucune chance d’être élu. Au plan syndical, il donna toute sa mesure en juin 1936 aux côté de leaders syndicaux CGT du pétrole comme Henri Messager et André Augeray. Sa participation à la grève générale du 30 novembre 1938 contre Munich et les décrets-lois Daladier entraina son licenciement de la raffinerie de Port-Jérôme. En raison de son activité syndicale, il fit partie des six licenciés de la SFAR qui comptait alors près de mille employés. Comme des milliers de militants, licenciés en France pour fait de grève, ce jour là, il dut quitter la région dés 1939 pour avoir une chance de retrouver un emploi.

Début 1939 il partit pour Boulogne-Billancourt où il travailla dans l’usine Farman, non loin de l’endroit où il habitait dans les années vingt. La déclaration de guerre venue, il fut mobilisé le 26 janvier 1940 dans le 5e Génie. Fait prisonnier le 28 mai 1940, il fut interné au Stalag IV B(5), à Mühlberg sur l’Elbe prés de Leipzig, où il fit la connaissance de Corentin Le Contel* qui deviendra plus tard responsable FTP pour la région de Saint-Nazaire et sénateur dans l’après-guerre.

Le 10 juin 1941, Félix Guégan fut libéré du stalag pour raisons médicales. Il revint en Loire-Inférieure et s’installa, avec sa famille, à La Chapelle Launay, à la Guyonnière, profitant « du retour à la terre », prôné par le maréchal Pétain. Il travailla dans l’entreprise allemande Bock située à Donges où il fit la connaissance de Lucien Bialé*.

En février 1942, Félix Guégan fut rattrapé par la lutte féroce engagée entre le Parti communiste et les Brigades spéciales (BS1et BS2) de la police française de collaboration. De janvier à la mi-février, la BS2 était sur la piste parisienne d’André Pican qui, arrivé tout nouvellement de Rouen, avait été nommé adjoint de Félix CADRAS, haut responsable du Parti communiste clandestin, secrétaire national à l’organisation, au bureau politique. La police parisienne repéra Pican en janvier 1942 à la porte d’Italie lors de ses premières prises de contact avec l’organisation. Ces filatures aboutirent à plus d’une centaine d’arrestations dans la deuxième moitié de Février 1942, affectant gravement le sommet du PC clandestin à Paris (Cadras, Pican, Dallidet, Politzer,Danielle Casanova, M.Claude Vaillant-Couturier etc…) et dans plusieurs villes de province où une cinquantaine de responsables clandestins de l’organisation tombèrent aux mains des Brigades spéciales. Les documents saisis chez Félix Cadras et, en particulier des « passes », des cartes postales divisées en deux parties permirent à l’inspecteur Randon, des Renseignements généraux d’Anger, de se faire passer pour un responsable du Parti en visite dans le département de Loire-Inférieure, auprès de Lucien Bialé*. Convaincu d’avoir affaire à un haut responsable du Parti, il évoqua ses camarades dont Félix Guégan.

Arrêté ainsi que sa femme Fernande le 20 février 1942, ils furent transférés à Paris, Félix à la prison du Cherche-Midi et Fernande à la Santé. Libérés le 16 juillet 1942, faute de preuves, ils regagnèrent La Chapelle-Launay tous deux en mauvaise santé. Lucien Bialé, quant à lui, avait été transféré au fort de Romainville et fut fusillé comme otage le 21 septembre 1942 au Mont-Valérien en représailles de l’attentat contre le cinéma Rex à Paris. Lucien Bialé fut passé par les armes ce 21 septembre 1942 au cours d’une exécution de masse de 114 personnes dont une quarantaine était des arrêtés de février 1942 liés à l’affaire Cadras-Pican. Félix Guégan et sa femme échappèrent donc de peu à ce massacre.

Les archives des Renseignements généraux indiquent que Félix Guégan et Fernande avaient été libérés après signature « d’un engagement sur l’honneur de renoncer à toute activité ».

Félix reprit alors son travail dans la même entreprise en Loire-Inférieure ; avec son fils, ils renouèrent avec la Résistance. D’abord Félix avait une activité d’agent de liaison et d’organisateur de groupes du Front National dans le secteur de Saint-Nazaire et de recruteur pour les FTPF. Puis il fut nommé dirigeant dudit secteur en février 1944 sous les ordres d’Eprinchard, alias Bernier. Le Front National était à ce moment-là soumis à une forte pression : il avait subi une vague d’arrestations fin 1942, début 1943 et se réorganisait sous l’autorité de Libertaire Rutigliano*. Le 29 juillet 1944, Félix annonça à son fils Camille âgé de 21 ans qu’il partait en mission pour Sévérac, à l’ouest du département, et lui demanda de se tenir sur ses gardes. Corentin Le Contel ordonna à Camille Guégan de se joindre au 2e bataillon FFI à Nozay. Camille rejoint ensuite un groupe qui tenta de former un maquis éphémère entre la Basse Chapelle et Lavau. Ce 29 juillet 1944, « Félix Guégan, fut arrêté, sur dénonciation, alors qu’il effectuait ses missions habituelles dans le secteur La Chapelle Launay-Sévérac », selon attestation du liquidateur national du Front National (1945).

Sa vie prit alors un tour tragique : selon le témoignage de Léon Legrand, secrétaire du Front National, il quitta la prison La Fayette à Nantes le 5 août 1944. Le Livre mémorial de la Fondation de la Mémoire de la Déportation nous permet de suivre le destin de ce qu’on a appelé le convoi de Langeais qui, parti de Rennes, passant par Nantes, emmena 721 détenus à Belfort. Seul un peu plus d’un quart des déportés de ce convoi en reviendront. Le 27-28 août, le convoi fut affecté à Neuengamme où il resta jusqu’au début septembre. Trois quarts des déportés de ce convoi furent ensuite expédiés au Kommando de Wilhelmshaven pour y travailler dans les chantiers navals. C’est là que la mortalité fut la plus élevée. Félix Guégan en fit partie, il avait 45 ans. Quand les déportés ne travaillaient pas aux chantiers navals, ils déblayaient les décombre de la ville. Début avril 1945, le kommando fut évacué en deux temps : un convoi ferroviaire le 3 avril et une « marche de la mort » deux jours plus tard. Félix fit partie du convoi. L’aviation alliée bombarda le train : plus de 60 déportés périrent ; un nombre inconnu de déportés fut exécuté par les SS. Les survivants arrivèrent à Bergen-Belsen, camp mouroir où le typhus faisait rage. Félix en mourut le 15 mai 1945 à Brême, peu après la libération du camp par les troupes britanniques. Son acte de naissance porte comme mention de décès Bergen-Belsen le 15 mai 1945.

SOURCES : Arch. PPo, activités communistes pendant l’Occupation, carton 3 ; BS2, 37, affaire Cadras-Pican, rapport final.— ADLA Nantes : fiche matricule ; recensement de population ; matricule des gens de mer.— DAVCC Caen dossier IR. — État civil de Montoir et Saint-Nazaire. — Notes et archives de Camille Guégan. — Dossier de l’ONAC de Lucien Bialé. — Notes de Jean Claude Bonhomme, conseiller municipal à la Chapelle Launay (44). — Archives famille Messager : lettres de Félix et Fernande Guégant en 1942 et 1943, adressées à Simone veuve du fusillé Henri Messager. — Fondation pour la mémoire de la déportation, Le livre mémorial…op.cit. — Le Progrès de Lillebonne, élections cantonales, octobre 1937. — Dominique Bloyet et Jean Pierre Sauvage, La répression anti communiste en Loire-Inférieure.

Jean-Paul Nicolas, Jean-Claude Bonhomme, Jean-Pierre Besse

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